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Cours IA

Comprendre l'IA, une leçon à la fois

Embeddings, RAG, agents, tokens, attention… Des explications courtes et concrètes, sans jargon inutile, pour comprendre ce qui se passe vraiment quand on parle à une IA. Chaque leçon s'appuie sur la précédente : lisez-les dans l'ordre, de haut en bas.

Leçon 01 · 22 septembre 2026

Traduction et carte du sens

Il y a quelques années, on passait tous nos textes dans Google Translate, et ça se voyait à trois kilomètres. Aujourd'hui, Claude ou ChatGPT traduisent si bien qu'on ne remarque souvent même plus la traduction. Mais alors, qu'est-ce qui s'est passé entre les deux ?

Faisons l'expérience. Prenez une expression bien de chez nous : "Il pleut des cordes". Donnez-la à un traducteur qui remplace chaque mot par son équivalent, et vous obtenez "It's raining ropes". Tous les mots sont justes... et pourtant votre collègue anglais regarde le ciel en cherchant d'où tombe le matériel d'escalade.

Le problème, ce n'est pas le vocabulaire. C'est que le traducteur n'a pas compris la phrase.

Alors comment font les modèles actuels ? Leur secret, c'est qu'ils ne manipulent pas vraiment des mots. Ils manipulent des vecteurs.

Imaginez une immense carte. Pas une carte routière, une carte du sens. Sur cette carte, chaque mot a une position, et les mots qui parlent de choses proches se retrouvent voisins : "pluie", "orage", "averse" et "parapluie" habitent le même quartier. Petit détail : cette carte n'a pas deux dimensions, mais plusieurs milliers. Pas pratique à déplier dans la voiture, mais parfait pour un ordinateur.

Deuxième ingrédient : le contexte. Regardez ces deux phrases. "J'ai mangé un avocat." "J'ai appelé mon avocat." Même mot, deux sens complètement différents, et vaut mieux ne pas se tromper, surtout pour l'avocat. Pour s'en sortir, le modèle utilise un mécanisme qu'on appelle l'attention : chaque mot regarde ses voisins pour savoir ce qu'il veut dire ici. Avec "mangé", avocat file vers le rayon fruits et légumes. Avec "appelé", direction le cabinet juridique.

Revenons à nos cordes. Le modèle ne cherche pas corde = rope. Il construit une représentation de toute la phrase, qui atterrit sur la carte tout près de "il pleut très fort". Et de là, il n'a plus qu'à trouver l'équivalent anglais : "It's pouring", ou "It's raining cats and dogs". On ne traduit plus des mots, on traduit du sens.

Et cette mécanique-là, vous la retrouvez partout dans l'IA moderne : embeddings, similarité sémantique, RAG, recherche par intention. Une fois qu'on a compris la carte, beaucoup de choses deviennent moins magiques.

Mais il reste une grande question : qui place les mots sur la carte ? Parce que non, personne ne passe ses journées à positionner "pluie" et "parapluie" à la main. Ça, on le découvre dans le prochain post.

Traduction et carte du sens

Leçon 02 · 24 septembre 2026

Mots en nombres (embeddings)

Dans le dernier post, je vous ai laissés avec une carte du sens où "pluie" et "parapluie" habitent le même quartier. Mais une question est restée en suspens : comment un ordinateur, qui ne connaît que des nombres, fait-il pour placer un mot sur cette carte ?

Commençons par une évidence. Quand vous lisez "chat", vous voyez peut-être un matou roulé en boule sur un canapé. L'ordinateur, lui, ne voit rien du tout. Pour lui, "chat" n'est qu'une suite de caractères, pas plus proche de "chien" que de "chaussette". Il faut donc lui donner autre chose à manipuler.

Cette autre chose, c'est un embedding : une liste de nombres qui sert de coordonnées sur la carte. Concrètement, ça ressemble à ça :

chat → [0.12, -0.47, 0.81, ...]
chien → [0.10, -0.42, 0.79, ...]

voiture → [-0.71, 0.20, 0.06, ...]

(En vrai, il y a quelques centaines à quelques milliers de nombres par liste. Je vous épargne la suite.)

Regardez bien les deux premières lignes : les nombres de "chat" et de "chien" se ressemblent, ceux de "voiture" partent complètement ailleurs. C'est exactement ce qu'on veut. Deux animaux domestiques à quatre pattes se retrouvent voisins, et la voiture est garée à l'autre bout de la carte.

Attention au piège : aucun de ces nombres ne veut dire "a des poils" ou "fait miaou". Un embedding n'est pas une définition, et personne n'a décidé que la troisième case mesurait le côté "animal". Ces valeurs sont apprises : on montre au modèle des quantités énormes de texte, et il ajuste les coordonnées jusqu'à ce que les mots qui apparaissent dans des contextes similaires finissent proches les uns des autres. "Chat" et "chien" se croisent tout le temps dans les mêmes phrases ("nourrir le ...", "emmener le ... chez le vétérinaire"), alors ils se rapprochent.

Et ça ne s'arrête pas aux mots. Selon le modèle utilisé, on peut calculer l'embedding d'une phrase, d'un paragraphe ou d'un document entier. Une annonce immobilière, un ticket de support ou une page de documentation peuvent eux aussi devenir un point sur la carte, et c'est là que ça devient vraiment intéressant : si deux textes sont des points, on peut mesurer la distance entre eux.

Alors comment une IA décide-t-elle que deux phrases qui n'ont presque aucun mot en commun parlent pourtant de la même chose ? On sort le mètre ruban dans le prochain post.

Mots en nombres (embeddings)
Prochaine leçon · lundi 28 septembreLeçon 03 — Similarité sémantique

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