Vous vous souvenez de l'époque où chaque téléphone avait son propre chargeur ? Un pour le Nokia, un autre pour le Sony Ericsson, un troisième pour l'appareil photo, et un tiroir entier de câbles dont plus personne ne savait à quoi ils servaient. Puis l'USB-C est arrivé, et on peut désormais presque tout brancher avec le même câble.
Dans le monde des agents IA, on a longtemps vécu à l'époque du tiroir à câbles. Vous voulez que votre assistant accède à votre CRM ? Il faut écrire une intégration pour cet assistant-là. Vous voulez que le même CRM soit utilisable depuis un autre assistant ou un éditeur de code ? Nouvelle intégration, dans un autre format. Un troisième ? Rebelote.
Client A → intégration spécifique
Client B → intégration spécifique
Client C → intégration spécifique
MCP, pour Model Context Protocol, c'est la tentative de standardiser tout ça. Lancé par Anthropic fin 2024 et adopté depuis par une bonne partie de l'écosystème, c'est un protocole ouvert qui définit une manière commune d'exposer des outils et des ressources à des clients IA compatibles.
Concrètement, vous écrivez une seule fois un serveur MCP pour votre CRM. Il décrit les outils disponibles (avec les fameuses fiches d'identité du post sur le function calling : nom, description, paramètres), et n'importe quel client compatible peut les découvrir et les utiliser :
Serveur MCP → Client IA A
Serveur MCP → Client IA B
Serveur MCP → Client IA C
On passe d'une intégration par couple outil-assistant à une intégration par outil. Avec dix outils et trois assistants, ça fait dix serveurs au lieu de trente intégrations.
Mais l'intérêt principal, à mon avis, n'est pas seulement technique. MCP découple vos outils métier des modèles et des assistants qui les utilisent. Votre serveur ne sait pas, et n'a pas besoin de savoir, si c'est Claude, ChatGPT ou un agent maison qui l'appelle. Vous pouvez changer de modèle demain sans réécrire vos intégrations. Et pour un éditeur de logiciel, exposer un serveur MCP devient une façon de rendre son produit directement utilisable par les assistants IA de ses clients.
Ça ne règle pas tout, évidemment. Il faut toujours gérer l'authentification, les droits (un serveur MCP qui peut tout faire est un serveur MCP dangereux) et soigner les descriptions d'outils. Mais le tiroir à câbles, lui, commence enfin à se vider.
Et si l'IA peut désormais accéder à nos outils et à nos documents, une autre question arrive naturellement : comment fait-elle pour se souvenir d'une information d'une conversation à l'autre ? On en parle dans le prochain post.
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